Gert Snel : “Le recrutement est devenu un problème de taille”

Gert Snel : “Le recrutement est devenu un problème de taille”

L’année dernière, Snel Logistic Solutions a connu de profonds changements. La direction a été renouvelée et l’organisation interne revisitée. « Pour conserver son efficacité, il ne suffit pas de recourir à la méthode de la « râpe à fromage » de temps en temps, » explique Gert Snel. « Parfois, il faut réinventer la roue. C’est ce que nous avons fait, nous sommes repartis de zéro. Aujourd’hui, notre entreprise est prête à aborder l’avenir ! »

C’est en 1985 que Gert Snel est arrivé en Belgique dans le sillage d’un client important, en tant que cinquième génération chez G. Snel, une entreprise de Woerden. En 1989, la quatrième génération a vendu l’entreprise néerlandaise, mais c’était compter sans la volonté de Gert et de son cousin Peter de la racheter en 2000. Aujourd’hui, ils sont toujours à la barre depuis la maison mère à Deinze. Peter s’occupe du volet technique tandis que Gert le seconde si nécessaire tout en se chargeant de l’aspect commercial. Et ce tandem fonctionne, comme en témoignent les nombreuses récompenses qui trônent sur le comptoir de la réception. L’entreprise a notamment été élue Transporteur de l’Année en 2011, a remporté le prix Lean and Green du VIL (Institut flamand pour la logistique) et reçu le label Sécurité des poids lourds des mains de la ministre flamande Hilde Crevits (CD&V) en 2010.

« Nous nous sommes toujours concentrés sur le transport et la logistique, » nous explique Gert Snel pour décrire le beau parcours de l’entreprise. « Et c’est dans ces deux domaines que nous avons toujours apporté notre plus-value. Nous accompagnons nos clients de l’achat de la production à la livraison des produits finis. L’implication de plusieurs partenaires dans ce processus complique forcément les choses. En outre, nos clients bénéficient d’une structure des coûts solide en faisant appel à un seul intervenant. »

Vers une organisation décentralisée

Les nombreuses récompenses n’ont pas donné la grosse tête à Gert Snel qui a examiné son entreprise à la loupe au cours des dix-huit mois écoulés. « Je nesuis jamais satisfait, on peut toujours faire mieux. Surtout en termes d’efficacité et d’organisation. Un apport de sang neuf permet de continuer à progresser, d’où les modifications opérées au sein de la direction. Ma fonction de gérant a également évolué. Cela fait maintenant 30 ans que j’occupe ce poste et je regarde certaines choses différemment. Pour conserver son efficacité, il ne suffit pas de recourir à la méthode de la “râpe à fromage” de temps en temps. Parfois, il faut réinventer la roue. C’est ce que nous avons fait, nous sommes repartis de zéro. » Depuis 1998, Snel travaille avec un conseil d’administration externe. « Je le recommande à tout le monde. Être capable de prendre du recul pour regarder sa propre entreprise est un défi. En outre, ces personnes sont très attentives aux problèmes structurels. »

Le plus grand changement réside dans la manière dont la maison mère à Deinze et les différents sites (Ham en Belgique, Weert aux Pays-Bas et Zilina en Slovaquie) sont dirigés. « Autrefois, l’organisation du transport et de la logistique se faisait au niveau de tout le groupe. Désormais, nous travaillons avec des directeurs locaux qui gèrent les opérations. Nous ne centralisons plus que les RH et les finances. La direction se compose de sept personnes, appuyées par la présence de cinq autres. Nous avons engagé des externes par le biais des canaux traditionnels, mais aussi via LinkedIn. Aujourd’hui, notre entreprise est prête à aborder l’avenir ! »

Qualité, sécurité et durabilité

Snel Logistic Solutions se concentre en premier lieu sur fast moving consumer goods. « Septante pour cent de nos activités se font “juste-à-temps”. Fournir des services de qualité constitue dès lors l’une de nos principales préoccupations. Nous avons obtenu le certificat ISO 9001 en 1996 et notre entreprise est certifiée ISO 22000 depuis 2008, en particulier pour la gestion de la sécurité alimentaire. Cette année, nous recevrons également le certificat ISO 14001 qui démontre notre engagement en faveur de la protection de l’environnement. »

Snel entend aussi être un protagoniste de la sécurité. « Que ce soit pour les biens, les personnes ou les véhicules, nous investissons dans presque toutes les techniques disponibles afin d’augmenter la sécurité. L’année dernière, nous étions le porte-drapeau de la Fondation flamande du trafic. Les clients doivent nous percevoir comme des précurseurs sur le plan de l’innovation. Notre slogan Turning goods into better résume bien cette vision : nous aidons les clients à limiter leurs coûts. La première année de toute nouvelle collaboration est la plus chère, parce que nous optimalisons systématiquement la supply chain. »
La durabilité constitue la troisième valeur fondamentale de Gert Snel. Cela s’est récemment traduit par l’obtention du prix Lean and Green. « Mais le marketing et l’image ne sont qu’une partie de l’iceberg, » poursuit le gérant. « Personnellement, je me sens également tenu de payer ma dette. Lorsqu’on éjecte 100 000 litres de diesel dans l’air chaque semaine, j’estime qu’on ne peut pas faire autrement. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, il faut de la volonté et de la passion. Cela ne porte pas non plus immédiatement ses fruits, mais c’est là un de nos USP. Notre secteur a une image négative, dont nous voulons nous défaire. »

Il y a peu, l’entreprise a investi dans deux nouveaux tracteurs Iveco Stralis Hi-Road qui roulent au GNL. « Nous voulons réduire nos émissions de CO2 de 23 % d’ici l’horizon 2016. Cet investissement s’inscrit dans cet objectif. Le GNL est un carburant peu taxé et disponible en grande quantité. En outre, il s’agit d’une technique bien connue qui libère peu de particules de suie. Malheureusement, seuls les Pays-Bas disposent d’une infrastructure satisfaisante pour le GNL. C’est pourquoi les camions partent de nos installations de Weert. Cet été, nous acquerrons un troisième véhicule. »

Année des RH

Autrefois, les technologies de l’information étaient incontestablement la meilleure façon pour les transporteurs de se distinguer de la concurrence. Pour Snel aussi. « Or, tous nos principaux concurrents ont entre-temps emprunté cette voie et elle ne nous permet plus de faire la différence auprès de nos clients. Les véritables possibilités d’amélioration se situent autre part, à savoir du côté du personnel. C’est pourquoi nous avons décidé que 2014 serait l’année des RH. Le recrutement du personnel est devenu un problème de taille. Le taux d’engagement est trop bas par rapport au nombre élevé de départs auquel nous serons confrontés dans quelques années. Le profil du chauffeur a également changé au fil du temps. Autrefois, un chauffeur qui ne pouvait prétendre qu’à un salaire horaire faible pouvait néanmoins bien gagner sa vie en travaillant dur. Mais c’est fini tout ça. D’une part, parce que la réglementation est plus sévère et d’autre part, parce que de plus en plus de gens poursuivent leurs études. Ils recherchent d’autres perspectives de carrière, ce qui crée un trou énorme sur le marché du travail. »

Mais Gert Snel n’a pas attendu ce constat pour prêter attention aux RH. « Nous considérons les chauffeurs comme les représentants de notre entreprise. Nous investissons énormément dans la formation depuis des années. D’ici 2016, nous serons tenus de prévoir 35 heures de formation par an pour notre personnel, mais nous en sommes déjà à 28 heures cette année. Pour nous, ce n’est pas une contrainte, mais une évidence, voire une nécessité, car les camions ont énormément évolué et la pression des horaires a fortement augmenté. Un chauffeur doit constamment prendre des décisions irrévocables. »

Il y a un mois, Snel Logistic Solutions a lancé un programme de bien-être physique pour tous ses collaborateurs. « Nous avons interrogé les membres du personnel sur leurs habitudes en matière d’exercice physique, d’alimentation et de sommeil. Sur la base des résultats, chacun s’est vu offrir des conseils qui font l’objet d’un suivi hebdomadaire. Nous voulons ainsi réduire le pourcentage de maladies et le nombre d’accidents. En effet, plus nos collègues seront en forme, plus ils seront alertes au volant. Nos services s’en ressentiront également, parce qu’une diminution des absences pour cause de maladie permet de respecter plus rigoureusement le planning. De plus, nos travailleurs nous voient comme un meilleur employeur, plus soucieux de leur bien-être. C’est un aspect dans lequel je veux continuer à investir. Les chauffeurs doivent savoir qu’il est agréable de travailler pour nous. »

Pas d’e-mails professionnels à la maison

Quant à Gert Snel, il s’est vu conseiller de se préparer à un semi-marathon. « J’ai un programme d’entraînement, mais j’ai reçu un premier coup de fil de suivi cette semaine et j’ai dû avouer que je n’avais pas encore commencé. Je ne veux pas que cela se reproduise la semaine prochaine. » (Rires) Toutefois, Snel sépare scrupuleusement le travail et la vie privée. « Quand je quitte le bureau, je suis vraiment parti. À la maison, je ne lis pas mes e-mails professionnels et je ne travaille pas sur mon PC. J’ai un principe : quand on se trouve dans les locaux de l’entreprise, il faut y être à 100 %, pareil pour la vie privée. Si je dois travailler un dimanche, je viens au bureau. Pendant mes vacances, je reste joignable, mais je n’appelle pas à tout bout de champ pour savoir si tout se passe bien. J’ai deux enfants de dix-sept et dix-neuf ans, et je ne veux pas être le genre de père qui est pendu au téléphone à côté de ses enfants. Je dois bien évidemment admettre que ma position est idéale. L’entreprise est assez grande pour pouvoir se passer de moi, mais, au-delà de ça, c’est un choix délibéré. Or, cela n’a pas toujours été le cas, car je suis très ambitieux. Cela s’apprend. »

Les enfants vont-ils marcher sur les traces de leur père plus tard ? « Pour ma part, il n’y a pas d’obligation. Personne ne m’a contraint à reprendre la société. J’ai toutefois eu l’incroyable chance de pouvoir me lancer pour moi-même, ici en Belgique, sous l’aile de la famille. Ce n’est pas fait pour tout le monde, mais si le secteur du transport vous tente, c’est un créneau porteur synonyme d’opportunités et de défis où on est amené à côtoyer toutes sortes de gens et à découvrir de nouvelles techniques. La réalisation de ses propres ambitions procure un sentiment énorme de satisfaction. On est aux premières loges pour assister aux progrès de son entreprise. Mais cela reste un défi. Parce qu’il n’y a qu’une seule constante dans ce secteur, c’est le changement. »

Chiffres principaux de Snel Logistic Solutions

  • 111 tracteurs
  • 24 combis
  • 14 poids lourds
  • 15 véhicules légers d’entreprise
  • 245 remorques ou semi-remorques
  • 197 chauffeurs
  • 31 chauffeurs de chariots élévateurs
  • 58 employés


06/03/2014
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